Deuxième partie : Appels coordonnés inter-organisations

Yémen

HRP
Personnes dans le besoin
24,3 millions
Personnes ciblées
19 millions
Besoins (US$)
3,4 milliards
Population totale
29,8 millions
Niveau de revenu
Faible
INFORM Severity Index
4.6 / Très élevé
Appels consécutifs
2008 - 2021
Personnes bénéficiaires (2020)
10,7 millions

Analyse du contexte, de la crise et des besoins

Les besoins humanitaires ont continué à augmenter en 2020, provoqués par l’escalade des conflits et un embargo économique prolongé qui ont alimenté la crise économique en cours. La situation a été exacerbée par des pluies torrentielles, une crise de carburant, la menace de criquets pèlerins et la COVID-19. L’environnement opérationnel reste extrêmement restreint faisant obstacle à une intervention d’aide de principe et la réponse humanitaire a été paralysée par un immense déficit de financement. Les capacités des interventions humanitaires ont constitué une autre limitation. À la mi-2020, le Yémen était retourné à des niveaux alarmants d’insécurité alimentaire et de malnutrition aiguë. Toutes les indications laissent suggérer que la sévérité des besoins de grandes parties de la population est en augmentation. La COVID-19 est venue s’ajouter à l’insécurité alimentaire, essentiellement en raison des opportunités d’emploi limitées, de la diminution des revenus et des envois de fonds.

Les conflits se sont intensifiés au cours de l’année 2020 en causant des niveaux choquants de souffrance des civils. À la fin d'octobre, on comptait 47 lignes de font par rapport à 33 en janvier 2020. La guerre avait déjà causé une estimation de 233 000 décès, dont 131 000 de causes indirectes comme le manque de vivres, de services et d’infrastructures de santé. Les hostilités ont directement causé des dizaines de milliers de pertes civiles ; 3153 décès d’enfants, dont 5660 vérifiés au cours des cinq premières années du conflit, et 1500 pertes civiles étaient rapportées au cours des neuf premiers mois de 2020. Les attaques continuent sur des établissements protégés par le droit international humanitaires comme les centres médicaux.

L’économie du Yémen a subi d’autres chocs cette année en l’absence de stabilité macroéconomique. À la fin septembre, le rial yéménite était déprécié à un niveau recors de 850 YER (3,4 dollars) dans les gouvernorats du sud. Les réserves de change étaient taries et les envois de fonds par les Yéménites à l'étranger, la plus importante source de change, ont chuté de 70 % en raison du ralentissement mondial dû à la COVID-19. Près de tous les produits étant importés, les gens sont évincés des marchés, incapables de se procurer des articles essentiels. Les pénuries de carburant dans les gouvernorats du nord à partir de juin ont exacerbé la situation humanitaire, en réduisant les services essentiels et le transport de produits essentiels en réduisant l’accès à des opportunités de revenus et l’intervention humanitaire.

Entre avril et août 2020, les fortes pluies et les inondations ont dévasté les communautés en causant des morts et des blessures, en détruisant les infrastructures et les moyens de subsistance et en augmentant la propagation de maladies mortelles. Des dizaines de milliers de familles ont été touchées dont nombre d’entre elles étaient déjà déplacées. D’autres risques naturels menacent comme les infestations acridiennes qui devraient causer des dommages et la perte de cultures de base, d’animaux et de bétail pour une valeur de 222 millions de dollars.

Malgré certaines avancées réalisées avec les autorités pour surmonter les contraintes bureaucratiques, l’environnement opérationnel s’est encore rétréci en 2020. Depuis août 2020, quelque 19,1 millions de personnes dans le besoin se trouvent dans des zones difficiles à atteindre où les conflits armés et l’insécurité, les contraintes bureaucratiques et les obstacles logistiques se combinent souvent pour compliquer la dispense de l'aide. En octobre, la plupart des restrictions imposées par la COVID-19 ont été levées mais les obstacles préexistants concernant les restrictions de mouvement et les activités humanitaires continuent de faire obstacles à la réponse. Le personnel humanitaire continue à être détenu, harcelé et menacé et leurs visas arbitrairement refusés ou supprimés.

Avec seulement 50 % des 3,386 milliards de dollars demandés pour financer la réponse, des coupures drastiques ont été faites dans l’intervention humanitaire et 31 des 41 programmes cruciaux des Nations unies ont été réduits ou clôturés. Les agences humanitaires atteignent actuellement environ 10,7 millions de personnes par mois, une diminution par rapport aux 13,6 millions de personnes par mois au début de l’année.

Plus de 3,6 millions de civils ont été déplacés en raison de conflits, notamment au moins 158 000 en 2020. Certains niveaux les plus élevés de vulnérabilité sont concentrés sur les sites de personnes déplacées où très peu de services sont fournis. On estime que 422 000 migrants, demandeurs d’asile et réfugiés au Yémen sont exposés à des risques extrêmes et que 138 000 sont estimés dépendre totalement de l’aide. La COVID-19 a fait reculer ce groupe dont de nombreuses personnes ont été déplacées de force, détenues et soumises à des conditions inhumaines. Des millions d’entre elles sont bloquées et ont gravement besoin d’assistance.

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Évolution des besoins humanitaires et des besoins financiers (2016 – 2021)

Les humanitaires s’efforcent de dispenser une réponse de principe effective et efficace mais les perspectives restent sombres. La dernière analyse (partielle) de l’IPC indique qu’en décembre 2020, la population confrontée à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire (phase 3 et au-dessus de l’IPC) augmentera de 2 millions à 3,2 millions de personnes (40 % des 7,9 millions de personnes analysées). En décembre 2018, un quart de million de personnes avaient plongé dans une crise alimentaire sévère avec le pire niveau de faim enregistrée dans les zones affectées par des conflits.

La malnutrition aiguë des enfants âgés de moins de 5 ans a atteint des niveaux record dans certaines zones. Plus de la moitié des enfants âgés de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, soit plus de 9,5 %. La malnutrition aiguë sévère a augmenté de 15,5 % cette année, en exposant 100 000 jeunes enfants au risque de mourir sans traitement. Un déficit aigu de WASH est enregistré dans 54 districts et 46 districts sont exposés à un risque élevé du choléra. La COVID-19 représente un poids supplémentaire pour la fragilité du système de santé dont seulement 50 % des établissements sont fonctionnels. Cette situation n’a pas encouragé la population à rechercher un traitement pour d’autres maladies et problèmes mortels.

Situation prévue en 2021 et au-delà

En 2021, la situation se détériorera davantage et la sévérité des besoins devrait s’aggraver tant qu’il n’y ara pas de désescalade des conflits et une amélioration de l’économie et du financement.

Priorités de la réponse en 2021

En 2021, plus de 105 partenaires dans tout le Yémen prévoient d’assister 19 millions de personnes. La réponse priorisera : la lutte contre la faim en fournissant une assistance humanitaire et un soutien aux moyens de subsistance ; la réduction des flambées de choléra et de maladies infectieuses ; la fourniture de services essentiels aux familles déplacées vivant en situation d’urgence et dans des implantations pour personnes déplacées ; la protection des civils et le plaidoyer pour le respect du droit international humanitaire et la réhabilitation des infrastructures publiques pour permettre la dispense de services vitaux à la population.

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