Deuxième partie : Appels coordonnés inter-organisations

Venezuela

HRP
Personnes dans le besoin
7 millions
Personnes ciblées
4,5 millions
Besoins (US$)
762,5 millions
Population totale
28,7 millions
Niveau de revenu
Intermédiaire-supérieur
INFORM Severity Index
4.1 / Très élevé
Appels consécutifs
2019 – 2021
Personnes bénéficiaires (2020)
4,0 millions

Analyse du contexte, de la crise et des besoins

Sept années consécutives de contraction économique, d’épisodes d’hyperinflation, de polarisation politique et de défis institutionnels ont été les principaux facteurs des besoins humanitaires au Venezuela. On estime que l’économie s’est contractée de 74 % depuis 2013 en entraînant une diminution des dépenses publiques et en affectant la fourniture de services essentiels. Les revenus, l’épargne et le pouvoir d’achat des populations ont été également très affectés.

Au début de l’année 2020, la situation humanitaire semblait se stabiliser. Une série de mesures de libéralisation de l’économie ont accordé un répit à l’économie et ont aidé à contenir l’inflation. L’augmentation des envois de fonds a constitué une bouée de sauvetage pour de nombreuses personnes et la réponse humanitaire a contribué à prendre en charge certains des besoins les plus aigus. Cette tendance a été inversée par la COVID-19 et aggravée par la montée des coûts des articles alimentaires et non-alimentaires essentiels, la baisse des envois de fond et la baisse des prix mondiaux du pétrole. Les épreuves ont augmenté pour les personnes vulnérables et de nouveaux besoins ont émergé.

La sécurité alimentaire et la nutrition demeure une préoccupation essentielle. En 2019, une évaluation du PAM a estimé que 2,3 millions de vénézuéliens étaient dans une situation d’insécurité alimentaire sévère et 7 dans une situation d’insécurité alimentaire modérée. Le taux de sous-alimentation a augmenté de 2,5 % en 2010-2012 à 31,4 % en 2017-2019. Selon les données du gouvernement, les taux de malnutrition aiguë sévère chez les enfants âgés de moins 5 étaient de 4 % en 2019 et 10 % de plus étaient exposés à ce risque.

Suite à la confirmation des premiers cas de COVID-19, les autorités ont rapidement mis en place des mesures de quarantaine qui ont ralenti la propagation du virus. Après avoir enregistré un pic en septembre, le nombre de cas s’est stabilisé et est géré dans le cadre des capacités existantes et du soutien humanitaire. L’accès limité à une eau salubre, à l’hygiène et à des équipements de protection individuelle et la faible capacité de dépistage au PCR continuent à poser un défi malgré de récentes améliorations.

Avant la pandémie, le système de santé vénézuélien était déjà sous pression. Les progrès importants réalisés l’année dernière pour contrôler des maladies transmissibles comme le paludisme et la rougeole sont menacés dans la mesure où la surveillance épidémiologique et les vaccinations ont été mises à rude épreuve par la COVID-19. Les patients sont exposés à des risques puisque les établissements de santé s’efforcent d’obtenir un approvisionnement en eau et des services d’assainissement adéquats. Dans la mesure où les ressources sont réaffectées à la réponse à la COVID-19, d’autres services essentiels en ont pâti.

Le système éducatif reste égaiement affecté et l’on estime que 850 000 ont abandonné l’école en en 2019 et qu'un nombre similaire est exposé à ce risque. Les fermetures d’école pour atténuer la propagation de la COVID-19 ont affecté 6,8 millions d’étudiants.

La violence, notamment la violence basée sur le genre, a augmenté durant le confinement dans la mesure où certaines personnes se sont trouvées confinées dans des situations de violence domestique. Les enfants et les adolescents ont été particulièrement affectés, confrontés à des risques de protection et à des niveaux élevés de stress et d’anxiété, avec des services limités de soutien à la santé mentale et psychosocial.

Environ 130 000 migrants vénézuéliens sont retournés de pays voisins depuis la mi-mars – la plupart pour avoir perdu leurs moyens de subsistance dans le contexte de la COVID-19. Les retournés doivent être mis en quarantaine dans des abris temporaires du gouvernement et nombre d'entre eux ont besoin d'un soutien dans l'offre d'abris adéquats et de services de base. Un nombre croissant de Vénézuéliens sont passés dans des pays voisins en suivant des routes clandestines depuis l’allègement des mesures de quarantaine dans la région. Les migrants sont confrontés à de graves risques de protection et ont rapporté avoir fait l’objet de chantage et d’extorsions le long de ces routes.

Situation prévue en 2021 et au-delà

La situation humanitaire au Venezuela devrait se poursuivre tout au long de l’année 2021 tant que l’impact de la COVID-19 persistera. Le PIB du pays devrait s’être contracté de 26 % en 2020, suite probablement à l’augmentation de la pauvreté et de la réduction des services essentiels. La sécurité alimentaire et la nutrition devrait rester un problème majeur en raison de la diminution du pouvoir d’achat et des problèmes locaux de production alimentaire.

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Évolution des besoins humanitaires et des besoins financiers (2019 – 2021)

Le schéma de migrations mixtes se poursuivra probablement avec un plus grand nombre de Vénézuéliens retournant dans le pays et le quittant en 2021. Si les frontières restent fermées, les personnes continueront à emprunter des routes clandestines et à être exposés à des risques de protection comme le risque accru de trafic, de violence et d’exploitation sexuelle, en particulier les femmes et les enfants.

Priorités de la réponse en 2021

Entre janvier et septembre 2020, les partenaires humanitaires ont estimé avoir fourni assistance à 3,7 millions de personnes– mais cela ne signifie pas que tous leurs besoins humanitaires ont été couverts. Ce chiffre inclut quelque 2,4 millions de personnes ayant bénéficié d’un soutien lié à la COVID-19, essentiellement en santé, en WASH, en protection et en éducation.

En 2021, la communauté humanitaire au Venezuela se focalisera sur :

  • La fourniture d’une assistance vitale par des interventions cruciales dans les domaines de la santé, de la nutrition, de la sécurité alimentaire, de la protection et du WASH.
  • L’amélioration du niveau de vie en renforçant les moyens de subsistance, en maintenant un accès sûr et effectif aux produits et services essentiels et en assurant des abris sûrs et dignes aux personnes déplacées.
  • La prévention, l’atténuation et la réponse aux risques de protection, notamment les VBG ; associée à la mobilité et aux abus, à l'exploitation et à la négligence des enfants et des adolescents. La différenciation des besoins par âge, par genre et ceux des communautés autochtones et des personnes handicapées sera prise en considération.

Malgré les accomplissements, certains partenaires - des ONG en particulier – continuent de faire face à des défis comme la politisation de l’aide humanitaire, les pénuries de carburant, les restrictions imposées par la COVID-19 ainsi que les contraintes administratives à l’entrée d’organisations, du personnel et d'approvisionnements. Le plaidoyer a récemment enregistré des progrès dans la prise en compte de certains de ces défis comme l’adoption d’une résolution autorisant les ONG internationales à être enregistrées dans le pays.

Le HRP 2020 du Venezuela a été l’un des plus faiblement financés dans le monde. Il ne sera possible d’avoir une réponse proportionnelle à l’ampleur des besoins qu'avec un financement supplémentaire urgent.

Informations complémentaires

Notes

  1. ECLAC, Enquête économique de l’Amérique latine et des Caraïbes en 2020 : Principaux facteurs conditionnant les politiques fiscales et monétaires après la COVID-19, octobre 2020
  2. Le Réseau d’information sur la sécurité alimentaire Rapport mondial sur les crises alimentaires 2020 a inclus le Venezuela dans les 10 plus graves crises alimentaires dans le monde.
  3. FAO, Rapport sur l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI) 2020. Le gouvernement n’est pas d’accord avec ces conclusions.
  4. Une évaluation des conditions WASH dans 17 hôpitaux, effectuée e par l’OPS/OMS en 2019 a conclu que 88,3 % des hôpitaux évalués présentaient un risque élevé que les conditions d’hygiène et sanitaires ne présentent un risque pour la santé des patients et du personnel ; le reste est exposé à un risque modéré. Les conclusions ont été soutenues par le suivi du cluster WASH interne de 89 établissements de santé.
  5. Données du ministère de l’Éducation.
  6. Estimation du ministère de l’Éducation sur la base de données administratives.
  7. ECLAC, Enquête économique de l’Amérique latine et des Caraïbes en 2020 : Principaux facteurs conditionnant les politiques fiscales et monétaires après la COVID-19, octobre 2020.
  8. Les chiffres pour les personnes dans le besoin, les personnes ciblées et les besoins financiers sont des estimations.